Élections européennes 2024 : Panorama des rapports des forces politiques par KDC Conseil
12 juin 2024

Le 9 juin 2024, les électeurs des 27 États membres de l’Union européenne ont élu 720 députés au Parlement européen pour sa 10ème mandature (2024-2029).

résultats élections européennes 2024
Avant que les sept groupes politiques sortants ne commencent à discuter de leur propre gouvernance respective puis de celle de l’assemblée nouvellement élue et de ses commissions parlementaires, ce qu’ils ont commencé à faire dès aujourd’hui et devront finaliser avant la session plénière constitutive prévue à Strasbourg du 15 au 19 juillet, l’équilibre des pouvoirs au lendemain des élections européennes se présente comme suit:

Gouvernance du Parlement européen et scénario pour la présidence des trois principales institutions européennes

Malgré une montée en puissance des partis d’extrême droite et souverainistes, la gouvernance de l’assemblée nouvellement élue continuera à être assuré par la coalition « centriste pro-européenne » entre les groupes PPE (droite parlementaire), S&D (Socialistes et sociaux-démocrates) et Renew Europe (Centristes et Libéraux). Socle de la précédente mandature et de la Commission d’Ursula von der Leyen, celle coalition dispose d’une majorité confortable pour diriger le Parlement et trouver des compromis acceptables par ses trois groupes sur tous les votes clés à venir. 

Cette coalition pourra être scellée par une répartition des postes clés à la tête des institutions : 

  • La présidence de la Commission européenne pour la candidate du PPE, Ursula von der Leyen, continuant à marquer l’histoire européenne en tant que première femme à briguer un second mandat à ce poste.
  • La présidence du Parlement européen à la candidate du PPE et présidente sortante, Roberta Metsola, pour la première moitié de la mandature. Elle deviendra ainsi la première femme à occuper ce poste pendant cinq ans, avant de ne passer la main à un autre candidat à mi-mandat, une pratique que le Parlement a instauré depuis 1979.

La présidence du Conseil européen à l’ancien Premier ministre du Portugal, Antonio Costa (S&D), qui succéderait pour la première moitié de la mandature à l’actuel Président du Conseil (issu de Renew Europe), Charles Michel, qui a annoncé son départ au plus tard pour début décembre.

Compte-tenu de sa relative faiblesse au sortir de l’élection, le groupe Renew Europe pourrait devoir se contenter d’un rôle de deuxième plan – dont celui de haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité puisque les Chefs d’État et de gouvernement vont aussi devoir trouver un successeur à Josep Borrell (socialiste espagnol) – ou patienter jusqu’à la mi-mandat pour viser une présidence du Parlement européen ou du Conseil européen. 

Panorama de l’équilibre des pouvoirs dans le nouveau Parlement Européen 

  • Les partis d’extrême droite et nationalistes ont augmenté leur nombre total d’élus mais pas aussi significativement qu’anticipé et en restant divisés en deux groupes politiques ‘anti-UE’ distincts : le plus extrême dans l’hémicycle, le groupe ID et ses 58 membres (Identité et Démocratie) est dirigé par le Rassemblement National qui en est, de loin, la première force, tandis que Fratelli d’Italia de la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni dirige l’autre groupe, le CRE (Conservateurs et Réformistes Européens) et ses 73 élus, dont le parti polonais PiS reste un pivot, tant pour son nombre de députés que l’influence qu’il a exercé en façonnant ce groupe, de ses valeurs et positions au recrutement de ses hauts fonctionnaires et cadres. Il est à noter que les 10 députés élus du Fidesz (le parti du premier ministre hongrois Victor Orban) et les 14 de l’AfD allemande sont actuellement considérés comme appartenant aux Non-inscrits (sans groupe politique). Si l’un de ces deux partis décidait de rejoindre le groupe CRE ou ID, ce serait un gain substantiel de sièges pour chacun de ses groupes et pourrait encore modifier l’équilibre des pouvoirs entre eux et avec les autres groupes du Parlement.

       

        • Le Parti Populaire Européen (PPE) est sorti vainqueur des élections, avec environ 186 sièges, conservant son statut de plus grand groupe au Parlement européen pour une sixième mandature consécutive. Aucune décision dans la coalition pro-européenne qui va prendre les commandes du Parlement européen ne pourra être prise sans l’accord du PPE. De plus, avec 15 chefs d’État appartenant au PPE sur les 27 du Conseil européen, il conduira également les discussions pour répartir les principaux postes de l’UE, y compris à ses candidates, Madame Von der Leyen si elle veut conserver une chance de se succéder à elle-même pour un second mandat et Madame Metsola pour qu’elle puisse, avec de grandes chances, prolonger sa présidence du Parlement européen.

       

        • Le groupe des Socialistes & Démocrates (S&D) reste la deuxième force du Parlement et de la coalition pro-européenne, conservant son niveau de 2019 à 134 sièges environ. Les lourdes pertes en Allemagne ont été compensées par des résultats meilleurs que prévus en Espagne mais aussi de manière plus inattendue en Italie et en France qui retrouvent chacune un poids significatif dans le groupe. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez sort renforcé du scrutin, s’imposant comme le visage légitime d’un groupe S&D qui gagne des élections et bouge les lignes, tandis que le chancelier Olaf Scholz en ressort politiquement affaibli tant en Allemagne à la tête de sa coalition gouvernementale qu’au niveau européen où ses chances de peser sur les choix politiques du début de mandature se sont considérablement amenuisées.

       

        • Renew Europe reste le troisième plus grand groupe de l’hémicycle malgré des pertes importantes qui le réduise à environ 79 membres. Il est prêt à rejoindre la coalition « centriste pro-européenne » avec les groupes PPE et S&D, et ce d’autant plus que cela lui permettra de continuer à jouer son rôle pivot de “faiseur de roi” lors de certains votes clés. Au sein de Renew Europe, la délégation française représentant la majorité présidentielle reste de loin la plus grande malgré le revers électoral subit en France : elle aurait même pu conserver son leadership sur les décisions du groupe si le Président Macron n’avait pas prétexté un score tellement catastrophique qu’il le poussait à dissoudre immédiatement l’Assemblée nationale – une justification qui va peser durant toute la mandature sur les élus européens de ce qui sera peut-être demain l’ex majorité présidentielle.

       

        • Les Verts (environ 53 sièges) ont perdu des électeurs et des députés dans les pays où ils sont traditionnellement bien implantés, y compris en Allemagne dont les 15 députés n’apparaissent forts face aux Français et Hollandais qu’en raison des pertes significatives et généralisées partout ailleurs. L’influence que le groupe a pu avoir sur les décisions clés adoptées dans le cadre du Pacte Vert sous la précédente mandature appartient au passé et va diminuer à mesure que les institutions européennes changeront de priorité comme le suggèrent déjà tous les projets d’orientation politique pour les cinq prochaines années.

       

      • La Gauche (environ 36 membres) a légèrement augmenté ses effectifs, sans remporter de victoire significative dans un pays, comme ce fut le cas en Grèce notamment, laissant la France occuper la première place du groupe avec 8 députés. Au sein du Parlement européen, les votes de La Gauche resteront marginalisés, sauf lorsqu’ils seront susceptibles de renforcer les voix de l’extrême droite dans une logique ‘antisystème’, pour affaiblir la grande coalition PPE-S&D-RE au pouvoir.

    Prochaines étapes 

       

    • 11 juin 2024 : Conférence extraordinaire des présidents (des groupes politiques) pour discuter des résultats des élections européennes. La présidente sortante Roberta Metsola est pour l’heure la seule candidate pour la présidence du Parlement européen et favorite pour se succéder à elle-même.
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    • 17 juin2024 : Le Conseil européen commencera à discuter des nominations aux principaux postes européens. Dans un contexte qui a donné au PPE un poids incontournable dans la gestion de ces nominations, le calendrier pourrait être resserré pour organiser dès juillet un premier vote de confiance à Ursula Von der Leyen, afin qu’elle puisse commencer à composer son équipe de commissaires, dont 14 seront aussi désignés avec le soutien du PPE : un scénario inespéré il y a quelques mois encore, quand le groupe ne comptait que 8 chefs d’États et de gouvernement sur les 27, et qui l’incite à prendre son avantage sans délai.

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