Jean-Marie Cavada : « Les Gafa sont des prédateurs de démocratie » – Le Point

16 novembre 2021

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Le président de la Société des droits voisins de la presse détaille son combat pour une juste rétribution de l’utilisation des contenus par les géants numériques.

Présidée par Jean-Marie Cavada, la Société des droits voisins de la presse (DVP), organisme de gestion collective, est désormais en ordre de marche. Elle regroupe de nombreuses entreprises médiatiques, telles que M6, France Télévisions, L’Équipe, Le Canard enchaîné, Prisma Media, CMI, l’AFP ou encore Le Point. Son objectif : obtenir des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple) et des autres plateformes numériques une juste rétribution des contenus de presse, comme l’exige le droit européen et français. Pour le journaliste et ancien député européen Jean-Marie Cavada, qui s’est battu pour la reconnaissance des droits voisins, il en va de la marche du siècle. Entretien.

Le Point : À quoi sert la Société des droits voisins de la presse (DVP), que vous présidez ?

Jean-Marie Cavada : La directive européenne sur le droit voisin transposée par une loi en France prévoit que ceux qui utilisent des contenus de presse doivent partager à travers une négociation la recette qu’ils engrangent grâce à eux. On ne peut plus se soustraire à l’idée que la presse, qui fournit des contenus et dépense de l’argent pour les produire, doit recevoir une juste rétribution par les plateformes numériques qui empruntent ses contenus pour faire fortune. C’est un droit. Pour éviter que cette discussion ne prenne des allures de négociations de marchands de tapis, il fallait un organisme légitime pour collecter au nom du plus grand nombre. La DVP est donc le bras séculier de la loi. Il est inspiré d’un modèle, la Sacem, qui a fait ses preuves avec le droit d’auteur. Il ne s’agit pas de faire l’aumône, mais d’évaluer les produits repris par les Gafa. Les plateformes ne sont pas nos ennemis, mais, tant que la loi ne sera pas respectée, on ne pourra pas les considérer comme des partenaires.

Quelles sont les plateformes concernées ?

Je parlerais plutôt de circuits de distribution ou d’exploitation. Il y a les grands, Facebook, Google ou Microsoft. Ce sont les arbres qui cachent la forêt, constituée par d’autres plateformes qu’on appelle les « crawlers », ces robots d’indexation de contenus. J’appelle l’État à terminer son métier, c’est-à-dire à faire respecter une loi qu’il a fait voter au Parlement. L’Autorité française de la concurrence s’est d’ailleurs fâchée, en juillet dernier, en sanctionnant Google avec 500 millions d’euros d’amende, car le moteur de recherche californien ne négociait pas de bonne foi.

Dans quel état est la presse française, aujourd’hui ?

Beaucoup d’entreprises du secteur ont du mal à sortir la tête de l’eau. La presse ne dégage pas de bénéfices suffisants pour assurer sa pérennité. Les citoyens français doivent comprendre que le plaisir de consulter la presse papier ou numérique s’arrêtera si la presse française n’est pas rémunérée à la hauteur de ses travaux. L’indépendance de la presse au service de l’opinion passe par cet élément économique.

La presse n’est-elle pas mauvaise perdante face aux géants numériques ?

La presse ressemble à une sorte de supermarché dans lequel les plateformes soit puisent les travaux gratuitement, soit affaiblissent les prix. Le fait d’essayer de payer le moins possible un fournisseur de compotes ou de trottinettes n’atteint pas la démocratie. Mais quand on parle de la presse, il s’agit de respecter la fourniture des éléments d’opinion d’une société. Si vous affaiblissez la presse en ruinant son économie, ce qui est le cas actuellement, puisque 50 % de la recette publicitaire de la presse en France sont partis du côté des Gafa, il y aura une très grande restriction des libertés auxquelles les citoyens de différentes sensibilités prétendent avoir accès. Les Gafa sont jusqu’à présent des prédateurs de démocratie.

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